Le Parking de l'Hyper

Un grand coup de pompes dans les portières de la médiocrité automobile contemporaine.

BMW Z3 – Le Pento du Commercial Mazouté 

Si la Porsche Boxter était la Porsche du coiffeur, la Z3 s’était rapidement imposée comme la BMW du commercial quadragénaire. La Z3 avait très vite eu un coté has been et poussiéreuse. Son design était bien trop prétentieux au regard de l’usage final du véhicule, à savoir : une voiture de tourisme asexuée. Outre son arrogance esthétique, elle affichait des carences majeures : un étrange manque de virilité et de féminité, un manque d’épaisseur et surtout un manque évident d’humilité. A l’instar de sa cousine la Mercedes SLK, la Z3 était indubitablement à ranger dans la catégorie des coupés sport « petites frappes ». Son propriétaire était inévitablement doté des mêmes carences et ne faisait pas exception aux adjectifs mentionnés ci-dessus. L’univers des commerciaux ringards et la Z3 allait sans trop le savoir connaître des années de connivence détonantes.

Gregory – « Greg » pour les amis et les conquêtes d’un soir et plus – était l’un d’eux. Greg a 41 ans, mesure 1m79 et son crâne massivement dégarni ne compte plus que 35 cheveux châtains qu’il s’emploie à rabattre en arrière de manière compulsive. Depuis deux ans, la calvitie avait tristement gagné la bataille de l’occupation du crâne de Greg. Aussi, pour remédier à des problèmes de brillance excessives sur le front, il s’était résolu à ne plus mettre de Pento. Après avoir décortiqué méthodiquement le comportement de la demande de son micromarché, il avait décidé de changer sa voiture. En effet, il avait lu qu’une ménagères de moins de 40 ans sur trois était plus sensible aux voitures qu’aux coiffures masculines. Il avait donc décidé de miser depuis 18 mois une partie significative de sa coquetterie sur sa voiture. Son nouveau signe extérieure de non-richesse: un cabriolet BMW Z3 2.0, 150cv. Est-ce qu’il est célibataire? Avec 28 conquêtes en moyenne par année calendaire sur les 12 dernières années, le mot de célibataire n’était techniquement plus très approprié. On parlait plutôt de « charmeurs en série de ménagères de moins de 40 ans « . En effet, 28 conquêtes à raison d’une durée moyenne de 6 jours calendaires par relation, Greg était techniquement, partiellement en couple et partiellement célibataire. Tout dépendait du jour ou vous faisiez l’arrêt sur image. Dans la vie comme au boulot, Greg était méthodique et redoutable de régularité. Pour preuve, le siège passager de son cabriolet BMW avait déjà vu passer 17 prétendantes éconduites depuis le début de l’année. Il tenait ses objectifs. Pour parler plus crûment et selon les annotations de son carnet de bord, il en était à plus de 1’000kg de ménagère pour l’année 2016. Cette année avait été une année relativement faste au regard de la météo exagérément douce de l’hiver qui lui avait permis d’augmenter mécaniquement son « hit ratio ». Il avait en effet pu rouler décapoté une bonne partie de l’hiver et parfaire son hâle naturel. Il se définissait selon des termes très précis comme un chasseur moderne et opportuniste de la rencontre amoureuse. Comprendre dans cette définition : un pervers-narcissique abîmé très jeune par une femme qui l’avait fait devenir un handicapé des relations amoureuses. Greg était un oiseau mazouté à la recherche d’oiseaux – femelles – encore plus mazoutés que lui. Il agissait selon un mécanisme de protection relativement répandu chez les espèces handicapés des relation humaines consistant à reproduire leurs expériences douloureuses sur d’autres membres. Un mécanisme d’affaiblissement collectif résultant d’une sorte de loi du Talion. Il fallait à tout prix trouver un plus faible sur qui taper pour ne pas être le dernier maillon de la chaîne. Ainsi, seuls les êtres supérieurement évolués étaient capables de concevoir les relations humaines selon un modèle instinctif de renforcement de l’espèce.

bmw_z3_rouge

 

La dernière conquête en date de Greg s’appelait Elisa, une mère-célibataire de 36 ans, mazoutée lourdement depuis le départ soudain du père de sa fille âgée de 6 ans. C’était une jolie fille, quoiqu’un peu vulgaire. Elle ne sortait pas souvent et commettait donc l’erreur type consistant à trop s’apprêter pour sortir. Une mise en valeur exagérée de l’offre cachait en général un déséquilibre structurel avec la demande. Elle se bradait sans le savoir. Ils s’étaient rencontrés un dimanche soir à la terrasse d’un café en face de la gare de Rennes. Greg s’était garé en double file devant la terrasse de ce café pour déposer au train pour Dol une prétendante bientôt éconduite. Elisa était-elle assise à noyer son chagrin dans un mauvais panaché avec son amie Tiphaine elle aussi mère célibataire. Elles s’étonnaient encore et encore du fait qu’elles ne tombaient que sur des mauvais garçons toujours lâches et menteurs. Ce qu’elles ne savaient pas c’est qu’elles aimaient aussi paradoxalement ce côté d’assistante sociale. A chaque nouvelle rencontre, elles pensaient être celle qui arriverait à « le faire changer ». Malgré le fait que Greg était accompagné d’une jeune femme, Elisa avait aussitôt craqué sur lui pour son sourire, sa voiture cabriolet et sa chemise impeccablement repassée. Ces trois attributs étaient respectivement interprétés par Elisa comme des indicateurs de joie de vivre, d’une catégorie sociale supérieure et d’une vie impeccablement organisée. Après avoir déposé sa prétendante et ayant remarqué les regards insistants d’Elisa, Greg se dirigea vers sa table pour lui demander du feu. Il glissa alors délicatement sa carte de visite sur la table avec un petit mot manuscrit « prenons la route ensemble, j’attends votre appel ». Elisa était aux anges. On ne sèvre pas un alcoolique en lui tendant un verre de whisky… Elisa était un shooter de whisky que Greg allait boire cul-sec.

Greg était commercial pour la marque de moquettes haut de gamme Desso. Il avait l’habitude d’être toujours très propre sur lui, à la limite de la maniaquerie. Sa Z3 était au monde de l’automobile ce qu’est un jet-ski au monde du nautisme : un jouet pour kéké ringard. Greg l’avait choisi après avoir épluché scrupuleusement les comparatifs et les essais. Il avait pu lire dans un magazine spécialisé :« pas de doute, ce véhicule hyper-giga-extraverti est le meilleur moyen pour rouler en fanfare dans la plus totale décontraction. Contrepartie de cette originalité exacerbée, il est impossible de passer inaperçu à bord du roadster BMW. ». Les mots avaient résonné en lui avec force. Mais là où le phénomène d’achat restait pour beaucoup inexpliqué, c’est que la plus part des conducteurs avaient finalement conscience des carences de la Z3. Et de l’image contradictoire qu’elle renvoyait. Mais la tentation était trop forte. Comme Elisa, chacun d’entre eux pensait pouvoir être celui qui ferait changer les choses.

 

BMW Z3 bleue

Après en avoir longtemps discuté avec Tiphaine, Elisa laissa bien-sûr passer trois jours avant de lui envoyer un texto. Greg sut dès-lors qu’il avait à faire à un spécimen abîmé et frêle. Feindre l’agitation et le surbooking était un sport national chez les oiseaux mazoutés. Une façon pour eux de créer un rareté de substitution. Six jours plus tard, le samedi, Elisa prenait place à bord de la BMW Z3 pour une virée sur la côte. Sept jours plus tard son cœur chavirait ; elle déclarait sans retenue son amour à Greg. Huit jours plus tard, elle était éconduite. La Z3 était une 2 places et Elisa avait une fille.

Au petit matin du neuvième jour, Greg reprenait le volant de son roadster BMW. Le champ des possibles était infini. Le petit monde de la moquette n’attendait pas… il fallait faire du chiffre.

Ange Oliver.

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