Le Parking de l'Hyper

Un grand coup de pompes dans les portières de la médiocrité automobile contemporaine.

Smart ForTwo : La Tomate Cerise de l’Automobile

Si le monospace était une anomalie que le marché tentait de corriger depuis les années 90, la Smart ForTwo fut certainement la réponse la plus violente à cette anomalie. Cette réponse logeait dans 270 cm de long x 151 cm de haut x 150 cm de large, et coûtait à partir de 9’990 EUR. Nous avions vu avec Isabelle et son Audi TT que pour les CSP+ Parisiennes, le plus grand luxe pour consistait à se donner les moyens d’éviter les autres. Et la Smart allait marquer de sa petite taille l’apogée de cette ontologie.

Pour déplacer sa petite personne, le conducteur de Smart aurait pu prendre alternativement le métro (trop prolétaire), le bus (trop populaire), le vélo (trop physique, trop de vols) ou ses pieds (pas le temps). Au Parking de L’Hyper notre avis sur cette voiture était relativement partagé. Il y a bien dans l’idée d’une citadine deux places ultra-compacte un semblant d’innovation pertinente pour répondre aux problématiques des villes congestionnées par le trafic et les difficultés de stationnement. Sur l’année 2015, le taux d’occupation moyen des voitures avoisinait le triste record de 1,13 occupant par voiture en ville. L’acheteur de la Smart venait t’il de la rue, descendait t’il de son vélo ou d’un bus, ou descendait t’il d’une grosse berline? Nous n’avions pas la réponse à la grande question de savoir si cette mini-citadine était le fruit d’une demande qui avait évolué sous l’impulsion de l’individualisation grandissante ou bien si elle était le fruit d’une offre innovante ayant créé une rupture dans l’univers des citadines?

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200 personnes dans 177 voitures peuvent tenir dans 5 fois moins d’espace en vélo, 3 bus ou 2 wagons de métro bien rempli : washingtonpost.com

S’acheter une Smart pour ne pas prendre les transports en commun, c’était un véritable bras d’honneur à l’ »autre« , qui était un nuisible dont il fallait se soustraire, et la Smart ForTwo marquait un pas supplémentaire dans l’isolement social. Nous allons écouter tenter de vous expliquer pourquoi le conducteur de Smart s’est forgé tout seul une image de type insupportable.

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Malheureusement pour la finesse de l’étude et heureusement pour nous, Le Parking de L’Hyper n’était pas souvent gratifié de la visite du monument Smart qui avait l’habitude détestable de rester cantonné à Paris intra-muros. Si le temps était de l’argent, l’espace était également synonyme d’argent pour le conducteur de Smart. Il roulait donc dans une voiture ultra-compacte, habitait également un espace de vie ultra-compact et faisait logiquement ses courses dans une supérette ultra-compacte de type U Express. Le pack de canettes slim 6x33cl de Perrier se substituait à loisir au pack de Cristalline 6x2L du chariot familial, et là où la ménagère achetait des tomates rondes par sac de 3kg, le conducteur de Smart lui achetait des tomates cœur de pigeon en barquette de 250g : les équipes de chez Smart avaient finalement réussi le tour de force consistant à transposer le concept de la tomate cerise au monde de l’automobile. Ils étaient en effet parti d’un constat simple : la tomate cœur de pigeon en barquette de 250g valait 15 EUR le kilo là où la vulgaire tomate ronde valait 2 EUR le kilo. Par conséquence, la Smart ForTwo Coupé 0.9 BVA 90 Prime allait valoir 17’400 EUR quand le Renault Captur TCe 90 Energy Euro 6 Life était facturé 16’700 EUR. Soit 1’350 EUR/m3 pour le Captur contre 2’420 EUR/m3 pour la Smart. La tomate cerise de l’automobile dont la problématique de base consistait à réduire l’encombrement des villes s’achetait donc 80% plus cher le m3 que la 4ème voiture la plus vendue en France en 2015. Le travail de concert des ingénieurs et des équipes marketing était un véritable succès.

Smart Tower

La ressemblance va même jusqu’aux logo Smart et Carrefour

Après presque 20 ans d’existence, il fallait en convenir, le (la) conducteur (conductrice) de smart était un(e) mec (nana) à priori insupportable. On avait vu trop d’excès, enduré trop de ras-le-bol pour ne pas témoigner aujourd’hui. Aussi, nous avions tous vu ces conducteurs agressifs se croyant au volant d’un karting se garer à 90 degrés de la route, les 2 roues arrières dépassants de 50 cm sur le trottoir. Heureusement qu’ils avaient des bonnes raisons : leur temps était plus précieux que celui des autres, le monde tournait en grande partie grâce à eux et de toutes les manières ils ne resteraient par longtemps, ils étaient déjà attendus ailleurs.

Smart Twingo

Claire, 28 ans, chef de produit pour une maison de disque était l’une de ces conductrices. Issue de la classe moyenne Parisienne, Claire était d’un naturel assez doux sauf lorsqu’elle était au volant de sa Smart ForTwo. Elle devenait dès lors incivile, brusque et nonchalante. Elle était à chaque feu rouge à la limite du faux départ et si elle n’était pas en pole position, elle klaxonnait par réflexe au passage du feu vert après avoir laissé 1.4 seconde de temps de réaction au chef de file. Son pare-brise était bien entendu rempli de contraventions pour stationnements gênants, interdits ou impayés. La Smart réussissait à provoquer chez ses conducteurs une véritable anesthésie du sens commun et du collectif. Comme si le cocon individualiste qu’elle présentait avait une influençait directe sur le comportement du conducteur. La Smart était l’illustration parfait que l’isolement était une spirale négative qui renforçait la négation de l’autre dans notre rapport social.

Une grappe de tomates cerises

Une grappe de tomates cerises

Claire passait le plus clair de son temps au téléphone lorsqu’elle conduisait. Conduire sa tomate cerise était pour elle l’occasion d’avoir « du temps à elle » loin du bruit et des oreilles qui traînent. Elle en profitait pour appeler ses amis et sa famille tout en veillant à soigner son image de working girl dynamique. En étant à Paris et grâce à son métier elle était dans le cœur du réacteur, occupée à écrire le futur de la musique et lancer les artistes de demain. Rien que pour ça, elle se considérait d’intérêt public. Elle pestait d’ailleurs régulièrement sur le fait que les gens ne se rendait pas compte de la pression et de la charge de travail qui était la sienne… Si elle bossait effectivement 3h par jour (10h de présence moins 2h de téléphone moins 1h30 de pause déjeuner chez Cojean moins 1h de pause clope moins 2h30 d’Instagram) pour lancer le prochain album des « Fréros Delavega » c’était aussi pour faire plaisir au public… Avec 3h de travail effectif par jour, vous comprenez mieux pourquoi les conducteurs de smart sont systématiquement à la bourre et toujours en transit. Ils n’étaient jamais véritablement avec vous, car ils avaient toujours un rendez-vous plus important après le vôtre.

Smart Parking (2)

Autre spécificité du conducteur de Smart : il adore parler en phrases toutes faites et glisser des mots anglais dans ses phrases creuses. Il s’attache à montrer que c’est un decision maker, un leader. Aussi, depuis qu’il a passé 3 mois au États-Unis, il ne dit plus « S’il vous plait? Quel est l’accompagnement de ce plat? » mais préfère dire « pardon, il vient avec quoi ce plat?« . Il ne dit plus « des baskets » mais « une paire de sneakers« . Et son expression ronflante toute faite du moment tient dans ces longues lignes : « Ca fait du sens, attachons nous à réaliser l’objectif en jouant sur les facteurs impactful. Only results matters! Mon boss me fait une confiance aveugle, il sait que je suis super committed et qu’en période de rush je suis capable de délivrer. Je suis charrette, on a un pipe de 10 lancements mais je te reviens avec une propal de brief asap. Je te confirme que c’est clairement dans mon scope, rien de confusant. En next step, je te shoot un email pour qu’on se cale sur les best practices. Tu dois clairement être dans la boucle. » Vous l’avez aussi forcément entendu dans le train réclamer le Herald Tribune. Calmez-vous et laissez le pérorer, il est en transit, il ne restera pas longtemps. L’avenir se demande d’ailleurs parfois ce que le conducteur de Smart lui réserve… Chuck Norris n’a qu’à bien se tenir!

Ange Oliver

smart in a truck

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