Le Parking de l'Hyper

Un grand coup de pompes dans les portières de la médiocrité automobile contemporaine.

Seat Ibiza : Pour Quelques Mètres d’Asphalte

Quand le jeune type de l’agence de location Hertz de l’aéroport de Kiev-Borispol donna un coup de télécommande qui fit scintiller à distance les warnings de leur voiture de location, Romain vit son plan de « voyager discret » tomber à l’eau : la voiture était une Seat Ibiza verte fluo immatriculée à Kiev, et passer inaperçu allait être compliqué sur les routes de Transcarpatie où ils avaient prévu -avec son amie Nastassja de passer du bon temps. Mais de toute façon, que pouvait bien y faire la couleur ? Il avait rencontré la belle Ukrainienne lors d’un voyage à Odessa, et depuis, il n’avait cessé de penser à elle. Ce voyage allait déterminer leur avenir.

Romain n’avait jamais conduit sur ces routes piégeuses, où toute confiance en soi se voyait systématiquement sanctionner d’un nid de poule grand comme l’optimisme occidental se délabrant par à-coups face à la réalité post-soviétique.

Le plus difficile à digérer, c’était sûrement les longues bandes de plusieurs kilomètres d’asphalte en parfait état qui s’arrêtaient d’un coup sans prévenir, laissant le conducteur arriver bien trop vite sur un point d’interrogation fait de terre, trous, bosses, seul avec ses jurons, et les cheveux dressés sur la tête, à moitié fou. Passages à niveaux, absences soudaines d’asphalte, nids de poules, animaux morts, cabines de contrôle de la milice des routes (la DAI)… Il n’avait pas fallu beaucoup de temps ni beaucoup de kilomètres à Romain à arpenter ce musée des infrastructures soviétiques à ciel ouvert pour regretter amèrement de n’avoir pris l’assurance totale pour la voiture. Lui aimait les défis automobiles raisonnables, comme rouler la nuit sous la pluie sur des portions de voies rapides urbaines comme l’incroyable N118 parisienne, ou faire des go-fast de seize heures d’affilée, la tête pleine de rêves des vingt-quatre heures du Mans, mais il ne trouvait aucun plaisir à rouler sur ces routes défoncées, juste bonnes à tuer et triturer les voitures et leurs occupants dans un fracas métallique de suspensions non prévues pour ce genre d’exercice. Tout le fun de la difficulté avait disparu, c’était juste pénible.

Ukraine-Carpathes

Romain pensa à la blague du type qui va voir un médecin et dit : « Docteur, quand je prends un marteau et que je me cogne la tête avec, ça fait drôlement mal». Le docteur répond : «Et bien arrêtez. Vous verrez, ça ira mieux». Et c’était pareil avec ces routes. Aussi les pauses n’en étaient que plus savoureuses. Après la visite d’étonnantes cités comme Kamianets-Podilskyï, Khotyn, Tchernivtsi, ils s’enfoncèrent le troisième jour dans les montagnes de Transcarpatie.

Ukraine-Carpathes

Cette région était encore hébétée par les changements constants de propriétaires au vingtième siècle. Romain avait lu grace au Wifi de l’aéroport que dans les cent dernières années, la Transcarpatie avait été successivement Austro-Hongroise, brièvement Ukrainienne, un temps Roumaine, puis partagée dans la République Soviétique Hongroise de 1919, puis Tchécoslovaque, cédée en 1938 en partie à la Hongrie, elle déclara son indépendance en tant que République de Carpatie Ukrainienne avant d’être envahie -le jour suivant- par la Hongrie. Pendant la guerre elle connut la double occupation Hitler-Staline, avec les conséquences que l’on peut imaginer, avant d’être enfin cédée à la RSS d’Ukraine, qui devint en 1991 l’Ukraine indépendante. Le peuple de ces montagnes, la nation Rusyn, avait sa place dans le club des nations prises dans des étaux ou des culs-de-sac, et s’étaient faites avoir par l’histoire : Kurdes, Basques, Bretons, Catalans, Frisons, Gallois, Sorabes, Galiciens, tous sous la coupe de maîtres ne voulant pas négocier leur pouvoir absolu et centralisé, et toujours trop hargneux à mettre en place une « égalité » impossible, forçant les enfants à parler des langues différentes de celles de leurs grand-pères, faisant entrer dans l’oubli à jamais ce qu’on appellerait ensuite « patois », un mot signifiant la mort. La Transcarpatie était une pauvre fille fatiguée par la guerre, bousculée par tous, et elle n’aspire qu’à ce que ses paysages veulent bien montrer d’elle : du calme, du calme, et surtout qu’on lui foute la paix. Ballotté par les cahots de la route comme la région l’avait été par l’histoire, Romain comprenait pourquoi les barrières montagneuses avaient attiré la convoitise de tous ces états en quête de sécurité : encore de nos jours, les négligences de l’état en matières d’infrastructures pouvait rendre vraiment difficile la circulation à travers ces gorges étroites.

Ukraine Transcarpatie

Après une succession de virages, cols, nids-de-poules, de traversées de villages, contemplant des vues tantôt époustouflantes, tantôt des paysage plus modestes à l’arrière des fermes, ils arrivèrent à Mizhhirya (Міжгір’я), où il leur faudrait bifurquer vers la route de Synevir (Синевир), pour abattre les derniers 20 kilomètres, après quoi ils pourraient se reposer dans la chambre d’hôtel de Synevir qu’ils avaient réservé la veille. Il était 19h et le soleil montrait ses dernières lueurs à travers la vallée. Romain pensait à l’eau chaude de la douche ruisselant sur son corps. Elle laverait sur son dos toutes traces des manquements de la Direction Générale des Routes Ukrainiennes.

Faute de GPS, – car le Tom Tom Europe ne couvrait pas l’Ukraine – la surprise du voyage, ils utilisaient un smartphone pour se repérer dans les bourgs comme celui-ci. Dans l’entrée de la ville aux allures de ville de chercheurs d’or, une route partait sur la gauche avec les indications : Колочава 25 / Буштыно 80 et ils continuèrent suivant ce que le téléphone indiquait. Vers la sortie du village ils prirent enfin à gauche dans ce qui était une rue à l’asphalte craquelé. Romain se disait que ces routes étaient plus mal foutues que les chemins asphaltés des paysans français pour aller à leur fosse à fumier, et cet asphalte était ici morcelé comme l’URSS après 1991.

« Mais bon, ici, c’est la Transcarpatie ukrainienne, et c’est comme ça… » se reprit-t-il.

Alors qu’ils avançaient, la route devenait chemin, les courbes devenaient lacets, l’asphalte devenait piste, les maisons devenaient cabanes, et les voitures garées ci et là, auparavant des berlines Lada Zhiguli, étaient remplacées par des 4×4 japonais surannés ou des Lada Niva. Ils firent le point sur le GPS, ils avaient parcouru 5 km en 40 minutes. Le soleil s’était couché, et il ne restait que cinq ou six kilomètres pour arriver à destination.

« On continue, on n’a pas le choix » déclara-t-il à Nastassja sans lui demander vraiment son avis, alors qu’un brin d’inquiétude commençait à déformer son visage. Il fallait être un homme.

Ukraine Transcarpatie

Alors c’est là qu’apparurent d’imposantes bosses au même moment que tout trace de vie et d’habitation disparut. Ils étaient en plein milieu des alpages. Romain se disait que si la route était affichée sur Google Maps mais aussi dans l’atlas de l’Ukraine qu’il avaient acheté dans une station service, alors c’était que quelque part un employé du ministère des transports à Kiev avait décidé que la route était faisable, même dans cette voiture de location produite à 20 kilomètres des Ramblas de Barcelone.

« On continue, il reste que quelques kilomètres de toute façon. »

Alors, dans un endroit difficile, et dans un grand crack, l’avant de la voiture sembla se décrocher. « Oh shit !? » cria Romain en anglais. Il sortit de la voiture. Finalement tout semblait aller bien. A la lampe torche, il ne voyait rien de toute façon. Il est trop tard pour revenir sur leurs pas, alors il faut continuer. Cela ne peut pas être pire de toute façon. Plus loin, alors qu’ils avançaient en pleins phares, un nouveau passage difficile se présenta, et cela semblait être le dernier, car ils atteignaient le col. Romain aurait dû arrêter les frais ici, mais la nuit et la situation lui donnaient du courage, il décida de passer quand même, de tenter le coup…

« KRAAACH ! » Le passage fut un massacre absolu, un carnage qui sembla faire sortir le moteur de ses silentblocs, provoquant une énorme vibration et un bruit d’échappement digne d’une Renault Fuego tuning avec pot échappement Norauto.

« Putain de bordel de merde d’enculé ! explosa Romain, alors que le stress était à son comble, la preuve en était qu’il avait juré en français. Bon ! Il faut se sortir de là de toute manière ». Romain avait les membres qui tremblaient, il n’était pas fier de lui, et il savait qu’il avait déconné grave. Petit à petit, il avait glissé dans une situation qui avait fini, à présent, par lui échapper totalement.

Sur le col, alors qu’ils n’étaient plus qu’à deux kilomètres de Synevir, ils croisèrent une vieille Babushka à qui ils demandèrent comment arriver le plus facilement à une route asphaltée. «Ah, vous n’êtes pas les premiers ! dit la vieille. Beaucoup de gens viennent se perdre ici, et s’enlisent dans la boue avant de demander de l’aide. Prenez à gauche, au prochain croisement, c’est la bonne route pour rejoindre la grande route de Synevir». Ils firent 150 mètres et prirent à gauche, mais au bout de 500 mètres la route devenait une espèce de lac intérieur plein de bouses de vache. « Bon, on fait demi tour, j’ai vu la route sur la droite, elle à l’air correcte, et il y a une maison juste après, donc ça doit être accessible, on n’est juste à 2 kilomètres ». La piste formait trois lacets d’une route caillouteuse, mais ensuite, cent mètres avant une maison blanche, cela devenait champ de boue.

« Je vais passer à gauche à cheval sur le talus d’herbe et ça passera. Tu vas voir» dit Romain, qui n’y croyait plus vraiment. Lui pensait que pour avoir la sagesse de l’homo sovieticus il suffisait d’adopter sa brutalité de façade. Que la capacité de ces gens à résoudre des problèmes n’était que le fruit d’une plus grande violence face aux choses de la vie. Et il se trompait, il n’avait rien comprit. Elle vit le résultat. C’est un trou sur le côté gauche, dans l’herbe, que Romain n’avait pas vu, qui provoqua l’embardée fatale de la voiture sur la droite, faute de ne pouvoir passer par la gauche à cause du précipice. Romain se pressa de remettre la voiture en marche arrière pour la sortir de cette mauvaise passe, pied au plancher, mais la voiture se bloqua juste 2,5 mètres avant de rejoindre la piste sèche.

« Putainnnn de merrrde ! C’est fini. »

Romain sortit de la voiture et contempla sa misère, silencieusement. La voiture était complètement enterrée côté droit, et des projections de boue avaient fait disparaître à cet endroit la « magnifique » couleur verte de fabrique. Le châssis était posé sur la terre. Le seul point positif, c’était que le moteur visiblement était retombé dans ses silentblocs, car il ne vibrait plus ! Ils allaient sûrement passer la nuit sur place, et Romain, furieux contre cette série d’emmerdes qui s’étaient présentées depuis le début de la route, n’arrivait pas à regarder Nastassja dans les yeux. Par une lueur se rapprochant, ils virent arriver les deux jeunes garçons de la maison blanche telle une rédemption, comme leur seul espoir. Ils lui apprirent que la piste plus loin était encore plus boueuse et infranchissable, et pire encore, qu’il n’y avait aucun hôtel à 2 kilomètres, mais seulement à vingt-cinq.

Romain voulut protester en évoquant la carte fournie par l’hôtel dans booking.com mais c’est bon, il avait compris, ça commençait à imprimer ses circuits. Tous ses repères avaient disparu. Tous les réflexes occidentaux qui ailleurs l’auraient sorti de la merde rapidement, n’étaient dans cette contrées que l’agitation supplémentaire d’une mouche prise au piège dans une toile d’araignée. C’était la carte de Google Maps qui leur avait fait prendre une route pourrie, c’était booking.com qui lui avait fait croire qu’il ne restait que deux kilomètres avant l’hôtel, alors qu’il aurait du demander. C’était la parole, « slovo », dans le monde slave, et non la technologie, qui sauvait des galères.

Ivan et Dima, les deux gamins, n’étaient pas vraiment des gamins. Ils avaient 16 et 18 ans, mais paraissaient beaucoup plus jeunes, des garçons qui avaient poussé trop vite, sur lesquels on voyait des traits enfantins. Des adultes, ils avaient déjà développé cette économie de parole propre au monde rural. Leur aide ne servit à rien, et après deux heures à retourner la terre, défonçant le chemin à coups de pelle, pousser la voiture dans un sens et dans l’autre, celle-ci n’avait jamais bougé assez pour atteindre la partie sèche. Il avait manqué 50 centimètres, de manière absurde, pour sortir la voiture de cette mauvaise blague et de retourner en arrière, reprendre la bonne route. Mais non, ils allaient dormir dans la voiture, la boue avait gagné. Et Ivan et Dima ramèneraient un type demain avec un camion.

La nuit passée dans cette chambre d’hôtel à cinq milliards d’étoiles dans le ciel fut très éloignée du romantisme des films américains des années 60. La voiture était petite, le terrain en pente, et ils se sentaient coincés dans une situation qu’ils n’avaient pas choisie. Nastassja avait froid, malgré les nombreux pulls et manteaux qu’elle avait pu mettre. Romain était en nage après tous ces coups de pelle, mais le froid finit par le rattraper assez vite, car il avait laissé son manteau à Nastassja. Elle parvint à dormir sans grande peine, forte d’une philosophie de vie made in SSSR, mais lui ressassa dans sa tête toutes les émotions de la journée, toutes les circonstances qui l’avaient amené à cette brillante défaite.

Il repensa à la route et ses immondes bosses, à la vieille qui leur avait indiqué un mauvais chemin et prédit des problèmes, au ministère des transports à Kiev, aux gens de Google Maps. Tous lui avaient tendu une sorte piège. Et à lui revenait la faute d’y être tombé, comme un pauvre shmendrik. La précipitation, l’optimisme occidental, la résolution facile des problèmes, le confort des villes, l’argent, l’intellectualisme des salons bourgeois, toutes ces valeurs, ces fausses idoles, tout cela avait sombré dans la boue en quelques minutes. Il délirait presque en cherchant le sommeil, s’imaginant être enterré vivant dans ce limon. Du type qui avait décollé quelques jours plus tôt de l’aéroport de Paris Charles De Gaule, terminal 2E, il n’y avait plus aucune trace. Seules quelques traces de pas dans la boue ! Il fallait s’abandonner à la boue, ne plus lutter, ne pas se débattre. « La boue, c’est la boue, ça sera toujours la boue ». Sur cette conclusion, il parvint à trouver le sommeil, alors que le soleil montrait déjà des signes d’impatience à sortir.

Quelques dizaines de minutes plus tard, Dima les réveilla. Il était sept heures du matin. Et le garçon les prévint qu’un camion allait arriver d’ici à 10 minutes. Une heure plus tard, ils attendaient toujours, et alors que Romain grelottait de froid en pull dans sa veste en cuir, les deux garçons de ferme discutaient tranquillement en t-shirt, ils n’avaient pas froid du tout. Pour s’occuper on redonna des coups de pelle au chemin. Dans la vallée, on entendait le vieux camion ZIL s’allumer, faire dix mètres dans un bruit de courroies, et caler. La mauvaise essence qu’il avait dans son réservoir bloquait le filtre à essence. Vers dix heures, il parvint à se hisser devant la pauvre Ibiza verte, mais le moteur coupa net sans pouvoir redémarrer.

Ukraine roads

A ce moment là, autour de la voiture s’étaient agglutinés quelques badauds. Un chasseur fumant clope sur clope pendant que sa chienne se faisait renifler le cul par le chien d’Ivan et Dima, un fermier montant son cheval dans les alpages avec une carriole pour prendre du foin, et surtout continuer de se bourrer la gueule loin de sa femme. Des types franchement adorables. Chacun y allait de son commentaire : le monde slave n’est après tout qu’une grande pièce de théâtre de plein air avec des routes aménagées au milieu.

« Ibizzza !! Ibizzza ! Yaka Ibizzza ?!!»
« Cette route c’est de la merde ! Je baise la boue !»
« Les GPS trompent tous les touristes ! Vous êtes les quatrièmes cette année.»
« Cette voiture que vous avez, c’est juste pour rouler sur les trottoirs, et encore, seulement à Kiev. Ibiza, Ibiza ? c’est quoi cette merde? »

Finalement, après tout un bordel de démontage / remontage du réservoir d’essence, le type fit redémarrer le camion dans un nuage de fumée noire à rassurer un ingénieur Volkswagen, et le camion décoller la petite voiture de la loi de gravité dans laquelle elle s’était vautrée. Enfin, Romain et Nastassja purent retourner d’où ils étaient venus. Non seulement l’Ukraine rurale avait remis Romain à sa place, par cette boue, par l’entre-aide, par la gentillesse, par le calme et l’abnégation de ses représentants accidentels, mais de plus l’Ukraine nouvelle, celle des aéroports internationaux, des agences de location de voitures, cette Ukraine occidentalisée allait aussi le défoncer, et le petit clampin au look romantique de l’agence allait lui piquer la franchise de la location, d’un montant de 800 euros.

Ukraine roads

Romain acceptait la défaite, il s’abandonnait. Cette nuit et ce jour nouveau l’avaient transformés, et ce soleil à travers le pare-brise plein de boue était un nouveau baptême. Leur cœur était plus léger, et la voiture aussi, elle s’était séparée de quelques éléments plastiques du sous-bassement.

Soleil Ibiza

Les 11 kilomètres de retour de la piste furent cette fois exécutés avec une grande attention, et en abandonnant plusieurs pièces de plastique sur le chemin, notamment le garde-boue côté gauche, qui apparu après une bosse dans le rétroviseur de Romain. Le garde-boue était sensé garder la boue, mais cette fois ci, la boue l’avait gardé. Romain savourait l’ironie, c’est tout ce qui lui restait.

De retour sur l’asphalte, à Mizhhirya, l’ordinateur de bord affichait : 11 kilomètres, 1h45 et 21 L /100 de consommation moyenne, soit 4 fois plus que d’habitude. Nastassja avait quand a elle parcouru la moitié à pieds en chaussures de ville, pour ne pas alourdir la voiture sur les passages difficiles. Il était temps que Romain tire les conclusions de sa conduite des dernières heures, et des conséquences.

Mais Nastassja se tourna vers Romain et lui posa cette question qui trottait dans sa tête depuis la veille : « Rappelles moi pourquoi on avait pris cette route ?
– Ben…c’était pour gagner cinq kilomètres par rapport à l’autre route. C’était plus rapide…pfff»

Ils éclatèrent de rire. Ils n’avaient pratiquement pas dormi, la voiture était pleine de boue, à l’intérieur comme à l’extérieur, ils n’avaient pas bu ni mangé depuis 15 heures, leurs fringues étaient à jeter, mais déjà cette aventure faisait son chemin vers la catégorie «bonnes grosses défaites catastrophiques devenant de bons souvenirs fondateurs ».

Le soleil pointait haut dans le ciel, et ils se rappelèrent qu’il leur fallait trouver un magasin de fringues, un lavage auto, et un restaurant. D’un coup, ce bled perdu leur paraissait une métropole. Romain voulu retourner au croisement qu’ils avaient loupé pour voir les panneaux. Et effectivement, un petit panneau, presque caché, affichait bien Synevir.

L’Ukraine avait gagné. Mais Romain avait compris plusieurs choses. Comme la voiture de location, il était trop fragile pour les routes ukrainiennes, et cette réalité post-soviétique. Mais tout finissait positivement, l’amour avait rendu toute cette galère supportable, et même agréable.

« C‘est le putain de miracle des Carpates », se dit-t-il, songeur, en avançant la voiture dans la cabine du lavage auto.

Michel Védouze.

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