Le Parking de l'Hyper

Un grand coup de pompes dans les portières de la médiocrité automobile contemporaine.

Seat Inca : La Légende Noire de l’Espagne

En ce moment, la France est comme une Citroën DS qui subit les attaques de la rouille dans l’arrière cour d’un restaurant de routiers sur la RN7 depuis la mort du Patron. Elle est à l’arrêt en attendant des lendemains meilleurs et le fameux garagiste providentiel qui la sortira de là. Et comme la France va mal, nous avons décidé de taper sur notre voisin le plus faible car c’est tellement réconfortant!! Une Citroën DS à l’arrêt vaudra toujours mieux qu’une SEAT qui roule, et puis nous, ça nous défoule.

En 1950, Le generalissimo Francisco Franco, qui avait suivi la mode des années 1940 en tuant et exilant des centaines de milliers de ses concitoyens à coup de techniques moyenâgeuses, et qui avait modernisé l’Espagne en changeant de fuseau horaire pour se rapprocher d’Hitler, lança l’Espagne dans l’aventure automobile. Pour cela, il contacta FIAT, marque de voitures au rabais qui versait depuis toujours dans la vente de licences de ses productions les plus ratées à des pays du tiers monde gouvernés par des dictateurs corrompus. Franco voudrait que l’usine soit montée à Burgos ou en Estrémadure, mais Fiat insiste pour que cela se fasse à Barcelone, plus proche de l’Italie. Mais Barcelone est avant tout la ville des républicains, des brûleurs d’églises, bref des cabrones. Qu’à cela ne tienne, make problems opportunities : SEAT serait le fer de lance de l’Espagnolisme triomphant dans cette Catalogne qui parlait un patois d’un autre âge aux relents occitanos-français. On allait envoyer des ouvriers d’Andalousie pour combler le déficit des milliers de Catalans balancés dans les fosses communes, et leur apprendre le signe de croix à coups de garrot. La langue catalane bourgeoise disparaîtrait, et la langue castillane du vrai peuple régnerait enfin sur toute la galaxie. Les séparatistes de Mustafar seraient enfin balayés par Minus et Cortex, un truc du genre. Et tout le monde roulerait en SEAT.

Évidemment, tout ne s’est pas passé comme prévu. Les patrons hidalgos qui voulaient gouverner le Mundo Mundial ont fait la sieste, merdé dans l’organisation, ils sont allés aux putes pendant les heures de boulot, et quand ils ont vu qu’ils allaient droit dans le mur, ils ont poussé quelques gueulantes inutiles sur des mecs qui n’avaient rien fait pour se dédouaner. Cinquante ans plus tard, ils se retrouvent avec des fils d’ouvriers andalous qui parlent catalan et cotisent au FC Barcelona tout en râlant conte la Puta Espanya que leurs impôts soient utilisés pour financer le plan d’extension du stade du Real Madrid. Game over pour eux, mais au-delà de ce conte ordinaire de la violence politique en Europe qui se terminera probablement en nouvelle guerre civile, en cette période de vacances, alors que des millions de Français paupérisés descendront en Espagne en croisant sur l’autoroute A7 l’usine de SEAT de Martorell (avant qu’ils ne remontent en passant par Andorre pour se faire gauler par la douane sur le parking de l’hyper de Savignac), nous tenions à mettre un coup de projecteur estival sur une SEAT oubliée, mais pourtant tant représentative de l’Espagne, la vraie, l’unique et la grande.

Cette voiture, c’est la SEAT Inca. Inconnue du grand public, elle délectera les connaisseurs.

Seat Inca Blanc

Délectez vous, bandes de dégueulasses.

En 1982, après une longue histoire avec FIAT, l’entreprise SEAT est devenue filiale de Volkswagen. L’état espagnol, qui avait pourtant refusé de renflouer SEAT de 20 milliards de pesetas en 1980 pour la revente à FIAT, le fera de bon cœur pour les Allemands, à hauteur de 180 milliards deux ans plus tard.  Allez comprendre, mais dans un pays qui a connu 13 défauts de paiements, où la corruption est systématique, rien n’est plus normal!  Ce fut cette année que SEAT inaugura son système de nomenclatures reprenant des noms de villes espagnoles. Les noms utilisés proviendront quasiment tous de villes castillanes, mais avec Altea, Ibiza et Inca, on touchera à des régions périphériques. Aucune voiture n’aura de nom basque, faut pas déconner non plus.

Cartographie du domaine

Cartographie du domaine

La SEAT Inca est une camionnette datant de 1995 sur base Ibiza 2 qui remplace la SEAT Terra sur base Marbella, elle-même sur base de FIAT Panda. La Terra eut une grande carrière comme camionnette à putes le long des chantiers de construction d’infrastructures pendant l’autoproclamé « miracle Espagnol ».

3000 pesetas la pipe, 6000 l'amour.

3000 pesetas la pipe, 6000 l’amour, cariño.

Et pourquoi, bordel de merde, avoir choisi le nom « Inca » ? La ville d’Inca, située au milieu de l’île de Majorque, n’a vraiment rien de particulier ni de spécial, contrairement à des lieux comme Ibiza, Tolède, Leon, Alhambra, Arosa, Altea, Ronda, etc. L’île de Majorque elle-même ne manque pas de noms autrement plus percutants comme Palma, Arta, Muro, Selva, Petra. Ils auraient aussi pu prendre des noms comme SEAT Bilbao ou SEAT Barça, mais non : quand le directeur Francisco García Sanz  a déclaré en 2008 que la nomenclature allait changer car tous les noms de villes possibles avaient été épuisés, un journaliste demanda pourquoi ils n’utilisaient pas de noms de villes catalans et basques : il répondit que SEAT était une entreprise Espagnole.  Il n’y a pas de limite à la filsdeputerie (el hijodeputismo). Bref : là où les Français se cassent le cul à coup de lignes de cocaïne pour trouver des noms de baptême cools, technocratiques et chiadés à leurs camionnettes, comme Kangoo, Berlingo, Partner, Jumpy, Nemo, Express,  les Espagnols de SEAT sont simplement allés dans le fascisme 2.0 avec l’Inca, qui fait directement référence à leur passé colonial, car c’est là la vraie raison du choix de l’Inca, ne nous prenez pas non plus pour des cons. On vous connait.

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La conquête de l’empire Inca par les Espagnols fut un truc vraiment honteux, comme il y en a beaucoup dans l’histoire de ce pays qui refila la syphilis à la moitié du globe. Avides d’or comme des camionneurs devant un tas de palettes européennes à l’abandon, les conquistadores se sont pointés aux portes de l’empire Inca flingue à la ceinture sur des chevaux énervés, et malgré leur infériorité numérique et leur gros bide plein de Jambon Serrano, ils auraient pu conquérir l’empire Inca en blitzkrieg. Après une première phase de conflit où ils ont effectivement envahi une partie de l’empire abandonnée car déjà ravagée par une guerre de succession, Pizarro, le Grand Fils de Pute conquistador en chef, demande à voir l’Inca Atahualpa pour « discuter ».

Le pauvre Inca, qui n’était pas encore habitué au concept européen des cailleras qui te disent « he pss pss viens voir on va discuter » dans un souterrain du métro avant de te voler ton iPhone , s’est fait dépouiller en mode attentat. La victoire des Espagnols se fera par la traîtrise : ils entourent le chef Inca et ses subordonnés, et commencent à les massacrer sur la place d’armes. Le roi Inca voyant l’avidité de Pizarro et ses pairs, propose de remplir une salle d’or contre la vie sauve. Pizarro accepte l’or mais fait quand même exécuter Atahualpa, après un jugement pour polygamie et idolâtrie, ce dernier acceptant finalement de se convertir pour éviter l’exécution par bûcher, préférant le garrot. Merci les gars, avec des amis comme vous, on a pas besoin d’ennemis. Primo, des conquistadors qui jugent quelqu’un pour polygamie, c’est comme un patron du FMI qui jugerait une pute pour mœurs. Et secundo, leur immondice ira jusqu’à faire nommer « Inca » une camionnette de maçon, 463 ans après, histoire de nous montrer comment ils maîtrisent la rancœur. Quand tu cruises sur le parking de l’hyper ou du brico avec ta SEAT Inca fatiguée et sans saveur, c’est tout cet héritage la que tu portes sur l’essieu arrière. Tu es le complice de l’une des plus honteuses pages d’histoire européenne. Tu es le complice de l’invasion du monde par des camionnettes de maçon et des systèmes économiques déficients. Mais bon, si tu roules en Seat Inca, c’est que l’histoire ou l’économie ça devait pas être ton truc, toi t’étais bon « que en sport ». Tu l’as bien mérité.

Cherchez l'erreur, la double mort de l'Inca Atahualpa

Cherchez l’erreur, la double mort de l’Inca Atahualpa

Appeler une voiture SEAT Inca, c’est comme appeler une Volkswagen Shoah, une Lada Holodomor, une Renault Vichy ou une Fiat Mussolino au lieu de Topolino. Les mecs qui ont pondu ce nom sont totalement baisés, putain, et méritent qu’un camion antiémeute israélien défonce ce ramassis de foutre franquiste avec des lances d’eau du Jourdain pour qu’ils retournent dans les chattes de leurs mères à la nage tout en étant sanctifiés.

Vous l’aurez compris, pour l’automobile comme pour le reste, l’Espagne est un pays qui a été créé par la France dans le seul but de nous rassurer, nous les petits Français. Comme les Anglais avec la Manche, on peut toujours regarder de l’autre côté des Pyrénées en rigolant et se dire : « Putain, ça pourrait être pire »! Être une putain de monarchie Bourbon tout en habits de fils de pute versant dans un néofascisme libéral de comedia del arte, rouler en SEAT, habiter chez ses parents à 41 ans et avoir 25% de chômage. Ou pire, devoir aller bosser pour 1000 euros par mois dans cette camionnette d’électriciens qui écoutent les matchs du Real Madrid à fond sur l’autoradio en rentrant du chantier, en se demandant si leur Mari-Carmen leur aura préparé ce sandwich à l’omelette qu’ils aiment tant, avant de pouvoir descendre une bouteille de rouge à 1 euro 50, et puis de foutre une rouste à leur fils Diego, coupe tectonique – marijuana – jeux vidéos, parce qu’ils n’aura pas fait ses devoirs alors qu’il est minuit.

Allez, et surtout Viva España!

Michel Védouze

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1 Comment

  1. Moisès Clotet 28 juillet 2016

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