Le Parking de l'Hyper

Un grand coup de pompes dans les portières de la médiocrité automobile contemporaine.

Renault Mégane Break « Police » : J’irai Dormir Chez Vous.

Avril 2007. Sarkozy est sur les marches du pouvoir, une petite brise de liberté individuelle flotte encore sur la France qui s’apprête à rentrer dans la décennie la plus moisie de l’après-guerre. Les flics roulent en Mégane break et, l’alcool aidant, on fait de belles rencontres.

On était précisément le 21 avril 2007, juste la veille du premier tour des élections présidentielles. Les deux favoris, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, étaient à l’opposé l’un de l’autre. Le nouveau riche à gourmette et la rebelle gauchiste d’une famille de militaires de droite. Cette date avait de l’importance car c’était surtout l’anniversaire de mon frère, et j’étais venu pour l’aider à faire le barbecue afin qu’il puisse se la coller tranquillement avec ses potes. Mais y avait pas assez de bouffe, et comme on était quarante mecs sur ce pauvre BBQ en fonte de gitan, dès qu’une saucisse était cuite, t’avais vingts keums tenant leur pain coupé en deux me mendiant la becquetée comme des piafs. Moi! Moi! Moi! Comme le feu, ça chauffe, j’ai bu une douzaine de 33 Export et laissé les autres manger. Un mec m’a demandé si je voulais tirer sur son pète et j’ai dit oui. Puis on m’a tendu des shots de vodka, et j’ai repris de la bière avant de prendre une tournée de Tequila. A minuit, j’étais déjà totalement arraché. J’ai commencé à me calmer et négocier une meuf sur la pelouse, mais mon frère me demande de raccompagner au bus de nuit son pote Torsten, un est-allemand de 2 mètres de haut, et Katja, sa copine vachement bien roulée aux cheveux roses. Ils sont comme ça les Allemands maintenant, ils se font teindre. Sur le chemin, Torsten a sorti une bouteille de blanc sec absolument dégueulasse et il m’a parlé d’amitié entre nos peuples. A ce niveau, je savais plus de quelles peuples ils s’agissait, mais j’ai pas refusé. On a descendu ce petit sirop entre deux quintes de toux comme des soûlards, et puis leur bus est parti, me laissant avec une bouteille vide (j’avais promis de la mettre au tri sélectif) et la gueule défaite. Je me suis dirigé vaguement vers mon domicile en traînant les pieds comme un ivrogne qui doit rentrer chez lui pour se faire engueuler par sa femme… J’avais en tête de faire des pauses pour reprendre mes esprits, mais la perspective qui s’offrait à moi pour les prochaines heures était insoutenable. Gueule de bois, douleur, mort cérébrale. Le Prussien m’avait tué avec son faux Riesling d’Allemagne de l’Est. Mais l’alcool est ainsi, il vous fait à l’aube de votre vie une promesse qu’il ne pourra pas tenir.

J’ai marché de manière désarticulée sur plusieurs centaines de mètres qui parurent des kilomètres, en me cognant sur toutes les voitures. Avec ma tête baissée, les loquets des portes des voitures occupaient toute l’étroitesse de mon champ de vision. Soudain, je suis tombé sur une magnifique Opel Ascona dont les portières étaient déverrouillées. Je me suis dit que j’allais me faire une petite sieste pour profiter du confort des sièges en cuir. Je suis entré. Très rapidement j’ai eu envie de sortir, tellement je puais la liche. Mais j’ai pas eu le temps de le faire moi-même : l’obscurité nocturne laissa brusquement la place à une succession de flashs d’un bleu criard. Même pas une minute après avoir posé mon derche dans la Opel, j’avais les menottes aux poignets, la gueule écrasée sur le capot d’une Renault Mégane Break Police et trois flics en train de m’aboyer dessus, prêts à sortir le pétard. Les gars devaient quand même bien s’ennuyer, dans cette banlieue sans problèmes, parce qu’un temps d’intervention d’une minute, c’est du jamais vu ! Au taquet ! Une minute, seules Hiroshima et Nagasaki peuvent rivaliser. Surpris par l’absurdité de la chose, je n’avais pas réussi à parler, et ils m’ont catalogué voleur de voiture manouche et embarqué au poste, dans une folle course dans la ville tous gyrophares branchés. Je devais tellement empester un mélange d’odeur de feu, de bière et de vin blanc bas de gamme, que les mecs ont foncé, brûlant tous les feux et les stops, nous mettant tous en danger de mort, pour éviter de vomir tellement je refoulais ma race. Mes mains étaient pleines de charbon. J’étais assis à côté d’une policière très jolie mais moustachue, qui avait un rictus de dégoût total et essayait de regarder ailleurs.

J’ai voulu détendre l’atmosphère, et j’ai essayé de demander :
« Cette Mégane, c’est une 1.4 ou une 1.6 L?
– Mais putain ferme ta gueule !!! M’ont répondu les flics presque en cœur dans la bagnole. Tu vas avoir des problèmes si tu continues comme ça.»

J’ai suivi leur conseil, j’ai fermé ma gueule. La Mégane vrombissait dans la nuit fraîche, le ballet des gyrophares rendait la route majestueuse. Arrivés au commissariat, le tenancier du bordel m’a fait souffler dans l’éthylotest qui indiqua 2,84 grammes d’alcool par litre de sang. Par rapport à mes potes bretons, j’étais en début de soirée, mais pour la région parisienne j’étais dans le haut du classement. Il était seulement deux heures du matin et vu comme j’étais chargé, le flic m’a expliqué qu’ils allaient me garder au moins 15 putains d’heures de plus le temps que je décuve. Le problème, c’est que j’avais un premier rencard à 14h avec une meuf que j’avais mis trois semaines à négocier, alors pas question que mon changement d’adresse ne vienne tout chambouler. Tout cela tournait dans ma tête alors que les flics me prenaient en photo, me faisaient retirer mes lacets de chaussures et ma ceinture, et ont poursuivi toute la procédure d’usage pour finalement me jeter dans la cellule. Deux mètres carrés dégueulasses puant la pisse, la gerbe et que sais-je. Heureusement à cette époque j’étais quasiment alcoolique, et je me suis roulé en boule et j’ai réussi à dormir quelques heures et de décuver comme un boss !

Dès 7 h du matin, la conversation des flics venus prendre la relève m’a réveillé, et j’ai été bien surpris du désert de leur vie en les écoutant se plaindre. Conditions de travail de merde, salaire plancher, et impossibilité de choisir ses congés. Le vin blanc continuait quand même à me taper sur la gueule, dormir était impossible et ce fut une longue et pénible attente qui commença sous les néons assassins. L’un des mecs avait la voix efféminée de Gérard, le masseur pédé dans les séries du Club Dorothée. Mon arrestation avait été un peu injuste mais là, j’en avait presque de la compassion pour ces bons bougres. Ils m’ont demandé par procédure si je voulais une brique de jus de raisin et j’ai refusé. J’avais tout ce qu’il fallait comme jus de raisin dans le sang. Puis, vers 10 heures, le commissaire est venu pour m’interroger et normalement, les mecs auraient pu me donner une amende, ou m’inculper pour vol de voiture, mais le commissaire m’a fait faire une déposition et je m’en suis sorti avec un rappel à la loi. Les mecs sont des professionnels, et c’est toujours rassurant de se faire embrouiller par des pros, qui suivent des procédures avec du cœur à l’ouvrage et un esprit de qualité. Définitivement, la Police Nationale, c’est la Toyota de la fin de soirée ratée.

Après un dernier contrôle d’éthylotest, les flics m’ont encore culpabilisé une dernière fois, puis m’ont enlevé les menottes : j’étais libre! La première image que je retiendrais de ces premiers instants de liberté retrouvée, c’est celle du parking du commissariat de Police, avec cet alignement de respectables Renault Mégane, et d’une Ford Mondeo « rat look », sûrement celle du commissaire. Cette image restera gravée dans ma rétine, et plus jamais je ne regarderais une Megane Break de la même manière. Dans le fond, ce voyage en panier à salade m’offrit un dépaysement bien plus riche que ceux que j’allais avoir plusieurs années plus tard lors de voyages dans les pays de l’est et en Asie. L’homme d’aujourd’hui n’est pas toujours au courant qu’il dispose sous la main d’un précieux élixir pouvant transformer n’importe quelle soirée en une nuit inoubliable, en un voyage intérieur et sociologique d’une grande qualité, subjuguant le gris de la vie en révélant des trésors de proximité insoupçonnés. Boire, c’est demander à l’alcool une accélération du tempo que la géographie du quotidien ne peut offrir.

Je suis rentré les yeux piquants sous un soleil de midi, et avant d’aller à mon rencard, j’ai pris une douche et je suis allé voter. Dans la cellule sombre de l’isoloir, j’ai glissé dans l’enveloppe un papier d’un blanc immaculé. Pour symboliser la paix et la liberté, mais aussi la teinte « Blanc Glacier » de la Renault Mégane qui m’avait envoyé en cellule de dégrisement, pour pousser la proximité avec la Police au point d’aller coucher chez eux.

Michel Védouze.

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