Le Parking de l'Hyper

Un grand coup de pompes dans les portières de la médiocrité automobile contemporaine.

Porsche Cayenne : Et la tendresse, bordel?

Il faut l’avouer, il y a dans la Porsche Cayenne quelque chose de pornographique. Elle revêt tous les attributs d’une starlette du carré rose pour un plaisir garanti. Des formes pulpeuses sous une carrosserie tendue, promesse certaine de bestialité. Des optiques généreuses à l’excès, rappelant l’œil maquillé d’un bovidé. Des jantes flamboyantes pour rehausser ses cambrures charnues. Des orifices d’échappement larges et nombreux, produisant un son exagérément criard. Enfin, une calandre massive enveloppant un moteur surpuissant avec de gros pistons. Avec son attitude générale pulpeuse et racée, elle est assurément la Pornstar du monde de l’auto. Un scénario plutôt minimaliste mais qui fait son « petit effet ». Et puis, la Porsche Cayenne est une référence sur son marché : dans le porno comme l’auto, l’uniformisation des fantasmes est devenue une triste banalité.

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Les termes de l’échange étaient très clairs : pour un montant d’environ dix années de SMIC Espagnol (environ 87290 EUR), Porsche vous donnait les clés d’une Cayenne 3.6 V6 420ch Triptonic S. Pour ce montant, rassurez-vous la promesse de luxe y est ostentatoire. Vous vous étiez même affranchi d’une taxe pour avoir le droit de polluer. L’étalage était certes indiscret mais au volant de votre SUV vous pouviez désormais vous affranchir de valeurs que vous avez toujours considéré comme réservées aux faibles : la modestie, la pudeur, la compassion et l’humilité. De toute les manières est-ce que de telles qualités perçues comme positives avaient déjà impacté favorablement l’évolution de l’espèce ? Pas gagné… Pour 87’290 EUR, vous ne cherchiez pas le charme et la tendresse. Vous aviez mis le prix pour ne pas rester frustrer avec un érotisme tout juste suggéré. Vous vouliez consommer !

Vous aviez acheté une véritable promesse de performance et vous aviez presque déjà gagné la lutte féroce pour la distinction. Il y avait, en effet quelques chose d’agressif et de presque violent qui vous plaisait malgré vous dans cette voiture. Elle illustrait bien le problème de nos sociétés modernes, à savoir « l’incapacité des hommes à établir des relations interindividuelles sur un autre mode que celui de l’affrontement. Cela résultait d’une insuffisance relative de leur instincts sociaux par rapport à la complexité des sociétés que leurs moyens intellectuels leurs permettait de fonder. » Le propriétaire pouvait être un teubé de la télé-réalité, un mec smart ou encore un génie des affaires, la faiblesse venait inlassablement d’une atrophie de l’instinct social : nos moyens intellectuels avaient évolué plus rapidement que notre instinct social, et la Porsche Cayenne n’était sûrement pas là pour offrir un démenti. Par delà, la fonction utilitaire du déplacement, elle permettait d’affirmer une force relative dans nos système de domination hiérarchisé. Le sentiment de puissance procurée par ce véhicule était une jouissance qualifiée de grisante par ses propriétaires. Ils affirmaient se sentir comme celui « que les autres membres suivent, et auxquels ils obéissent ou se soumettent ». Le mythe du mâle alpha. Ils avaient beau avoir gagné leur statut social par leurs réseaux, leurs compétences techniques ou leurs capacités à innover, il devaient toujours finir asseoir leur domination par l’expression de leur puissance virile. De plus, ils avaient lu quelque part que « le mâle dominant pouvait avoir des prérogatives fortement ritualisées telles que le droit de prendre la tête d’une procession ». Sur les routes, ils entendaient bien là aussi mener le cortège.

Ce culte de l’excessif ne s’arrêtait pas aux portes du SUV Porsche de Philippe. Il était agent-immobilier, un self-made man qui avait on peut le dire réussi. Il avait commencé tout en bas de l’échelle comme assistant avant de devenir 5 ans plus tard le patron de sa propre franchise d’agences. Le marché avait consacré son charisme et son réalisme de vendeur. L’essor continuel du marché de l’immobilier entre 1997 et 2007 lui avait permis d’être à la tête d’un véritable empire sur le grand-ouest : 82 agences dont 50 franchisées. Il avait joué et il avait gagné selon la loi du marché. Avec son salaire (hors dividendes) de 15’500 EUR par mois, il était très vite devenu l’un des 1% des Français les plus riches. Et encore d’après ses calculs il était très sûrement dans les 0.5% : la moitié supérieure de l’élite, les premiers crus classés. Il n’en restait pas moins lucide, il avait su surfer sur la spéculation de l’immobilier, ses qualités intrinsèques n’étaient les seules variables responsables de son succès. Il savait que les richesses s’étaient concentrées à l’extrême. Il avait d’ailleurs appris récemment au cours d’un dîner, qu’à l’échelle mondiale, les 1% les plus riches détenaient plus que les 99% restant. Il en avait profité pour faire un brin d’humour, en répliquant que «Robin des Bois était visiblement lui aussi passé au 35h ».

Quoiqu’il en soit, les affaires étaient les affaires et il avait bien mérité sa part du gâteau. Dans son milieu, il le savait, il fallait montrer qu’on avait quelque chose à perdre pour gagner la confiance de ses pairs. Avoir faim était la qualité des dominants. La croissance faisait tourner le monde et la peur du déclassement faisait travailler les hommes. Philippe allait le découvrir rapidement à ses dépends. Quand on avait goûté au luxe de la Porsche Cayenne, la perspective d’un déclassement (cf. Dacia Duster) était une motivation de tous les instants. Si pour une entreprise il fallait continuer de croître pour rester compétitive, il fallait pour les hommes de continuer d’avoir peur pour rester un dominant. Son mode de vie cultivait également un véritable culte pour l’affichage ostentatoire de signes extérieurs de richesse. Il avait évidemment l’attirail du quadragénaire qui à réussi sa vie : une collection de montres IWC, une piscine pas toujours chauffée, des enfants bien élevés, des meubles de designer, mais sa dernière lubie c’était l’art moderne. Il voulait passer à la vitesse supérieure. Il n’y comprenait rien mais c’était pour lui le degré de distinction suprême. Il avait toujours marché à l’instinct, il croyait dans son flair. Il s’apprêtait à boxer dans la catégorie supérieure. Dans ce nouveau monde il allait devoir à continuer à montrer les muscles.

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Les Parkings de L’Hyper avaient récemment vu fleurir des nuées de Porsche Cayenne blanches. Elles étaient l’apanage des parvenus et des handicapés du bon goût. Par delà l’expression du mauvais goût, ne faillait-il pas voire dans ce choix, une volonté de communication par un canal détourné ? En effet, en plus d’un message de réussite, il envoyait un signal de confiance en soi exacerbée. Son propriétaire allait se lasser de sa couleur blanche, tout le monde le savait y compris lui. Il envoyait ainsi le message qu’il avait déjà conscientisé qu’il allait rapidement en changer et qu’il en avait largement les moyens. Son Cayenne Blanc n’était pas une finalité, c’était un simple plaisir transitoire. Et puis comme il se plaisait à dire « on attire pas des mouches avec du vinaigre ». Qu’il se rassure, les mouches à merde n’aillaient pas tarder à affluer !

Ange Oliver.

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