Le Parking de l'Hyper

Un grand coup de pompes dans les portières de la médiocrité automobile contemporaine.

Pontiac Trans Port : Le Cauchemar Américain

Vous devez toucher votre 13ème mois et comme c’est « la crise » votre patron vous a demandé de consentir certains efforts. Après une année très satisfaisante sur le plan de vos performances individuelles, votre patron aura décidé d’un commun accord avec lui-même de vous octroyer seulement un demi 13ème mois. Une moitié de sanction, une moitié de coup de pied au cul, ou une moitié de récompense, au choix ! La surprise est à la hauteur de votre déception mais votre patron en bon manager et pour faire avaler à pilule vous rappelle combien vous êtes un élément indispensable à la société, « vous faites parti de l’ADN de cette boite, son avenir s’écrira avec vous ou ne s’écrira pas ». Ledit demi-13ème mois sera cependant payé en 2 fois, pour soulager les problèmes de trésorerie de la société, «les efforts doivent être consentis par le collectif » . Nous ne l’aviez pas vu venir mais votre 13ème mois s’était transformé subtilement en deux 0.25ème mois… Vous aviez donc touché 486 EUR de prime qui vous offre l’opportunité de relativiser votre définition de l’humiliation. Alors avec ces 486 EUR, vous pouviez vous offrir, une Smart TV Led Full HD 108cm de la marque LG en promotion chez Boulanger (459 EUR), le fameux Weber Spirit à gaz chez Leroy Merlin (449 EUR) ou un Pontiac Trans Port couleur navy blue de 1996 avec 288 000km équipé au GPL et situé dans le Morbihan en Bretagne.

Pontiac-Transport-GPL

Allez-vous choisir de vibrer intensément l’Euro de football grâce à votre nouvelle Smart TV 108cm, ou bien succomber à l’appel de la chipolata? Ou alors répondrez-vous à l’appel des grands espaces et des chimères du Rêve Américain en vous offrant le Pontiac Trans Port équipé au GPL. Un fin soupçon d’estime de vous-même vous fera éliminer la troisième option, le bleu marine n’était clairement pas la solution à tous vos problèmes.

La première question qui nous vient à l’esprit à l’évocation du Pontiac Trans Sport c’est : pourquoi tant de haine ? Cette voiture n’était pas futuriste à sa sortie, c’était une caricature du modernisme déjà has been avant d’avoir été. Le design était tellement grossier que l’on savait à l’avance qu’il n’allait pas résister à l’épreuve du temps. Il s’agissait là d’un véritable pot belge du concept marketing : luxe, futuriste, sportif, monospace, américain, V6, 7 places, toit ouvrant… L’échec commercial étant palpable avant même de la lancer, les équipes dirigeantes du groupe Américain décidaient d’effectuer un lancement sous 3 noms différents (cf. Oldsmobile Silhouette, Chevrolet Lumia APV et Pontiac Trans Port). Encore un concept fumeux visant à organiser sa propre concurrence plutôt que de jouer selon les règles du jeu. Le Pontiac Trans Port portait l’échec dans son ADN, « il ne fallait pas contrarier les vocations ».

Pontiac Trans Sport Blue

Il est de ces voitures dont la vie est tellement riche qu’il nous faut la raconter au travers des âges et de ses multiples propriétaires. Le Pontiac Trans Port n’est pas de celles la. Un seul propriétaire suffira à combler l’exhaustivité de sa vie fadasse. Avec son design, la Trans Port était une fusée de l’automobile à la recherche de cosmonautes de la route. Quand il achetait une voiture d’occasion, le consommateur moyen regardait attentivement la consommation, la fiabilité, le coût d’entretien, la décote à la revente, le prix de l’assurance…. Le propriétaire de la Pontiac Trans Port, lui, non ! C’était la voiture du mec qui a toujours de bonnes combines et qui pense toujours faire l’affaire du siècle en ayant flairé une anomalie du marché…. Fallait pas chercher plus loin : l’anomalie, c’était lui. Le propriétaire moyen voulait une familiale mais il ne voulait pas rouler dans la voiture de Monsieur Tout Le Monde. Le troisième millénaire était pour demain, mais demain c’était déjà trop long à attendre pour lui. Il était à la pointe de la technologie et des objets du moments. C’était un mec résolument moderne qui savait flairer les virages technologiques. Il lui fallait « le top du moment ». En visionnaire il avait bien entendu un magnétoscope showview JVC pour enregistrer Melrose Place ou Vidéo Gag en moins de temps pour le faire qu’il ne faut pour l’écrire. Il avait aussi un chargeur 6 CDs dans le coffre de son véhicule. Il était rassuré d’avoir plus moderne que les autres, c’était sa manière à lui d’être dans le wagon de tête.

« En un sens il était heureux. Il se sentait, à juste titre acteur d’une révolution télématique. Il ressentait chaque montée en puissance du pouvoir informatique, chaque pas en avant vers la mondialisation du réseau, comme une victoire personnelle ».

Avec son Trans Port, il nourrissait le secret espoir de devenir le mec cool de ses sitcoms Américaines favorites mais il n’allait pas tarder à se rendre compte que les seins de sa femme n’allaient pas se regonfler par l’opération du Saint-Esprit de sa Pontiac fraîchement acquise. L’attraction gravitationnelle continuait d’opérer invariablement sur la poitrine de Chantale et sa gueule de gendre idéal était condamnée à rester banale. Son Rêve Americain s’arrêtait sur les bobines magnétiques de son magnétoscope showview.

En matière de consommation, la Trans Port était une grosse gourmande, voire une fosse. Son propriétaire n’allait pas tarder à se rendre compte que les pompistes seraient les premiers à se souvenir de lui. Jusqu’à 40% des pompistes de France se sont offerts une piscine grâce à la consommation du Pontiac Trans Port. Quand on ferme les yeux pour visualiser ce paquebot de la route, on l’imagine Blanc (forcément), un peu sale, mal garée sur le parking de l’hyper, la peinture écaillée sur le capot. La lunette arrière est évidemment sale, et les enfants y ont écrit « SALE CON »…. La vérité sort aussi des doigts des enfants. Pour contourner le problème, en conducteur malin, le propriétaire moyen avait (encore) trouvé une super combine. Une idée de génie. Aussi, il décidait de l’équiper au GPL, anticipant (encore) un virage technologique majeur. Le GPL était selon lui la solution à la consommation excessive. Avec sa nouvelle installation il allait perdre 20% de puissance et consommer entre 20 et 25% de plus, sans oublier qu’il fallait bien sur sacrifier la roue de secours sur ce modèle pour y installer le nouveau réservoir. Mais bon, il se sentait acteur d’une révolution énergétique majeure. Le plaisir d’être parmi ces quelques heureux malins était supérieur au préjudice de l’arnaque manifeste qu’il s’imposait.

Pontiac Trans Sport White

Les dommages collatéraux d’une telle installation ne s’arrêtaient pas là. Il allait connaître ensuite la ghettoïsation des véhicules équipés au GPL. D’abord exclus des souterrains, lesdits véhicules équipés au GPL seront ensuite exclus des parkings publics couverts. La marginalisation était en marche. L’American dream n’était qu’un miroir aux alouettes, un écran de fumée épaisse que son Pontiac crachait tous les jours. Aussi, l’exode des Trans Port n’allait pas tarder à suivre. Ils quittaient les grandes villes pour s’exiler vers les lotissements, puis des lotissements vers la campagne. L’exercice de revente devenait dès lors un sacerdoce. Sur les annonces, certains propriétaires à bout d’arguments, allaient même jusqu’à écrire tel un cri du désespoir « exotisme assuré »… La Pontiac Trans Port GPL était devenue la pestiférée des parkings.

Ange Oliver.

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