Le Parking de l'Hyper

Un grand coup de pompes dans les portières de la médiocrité automobile contemporaine.

Mini Cooper : L’Obligée des Snobs!

On l’a tous croisée, elle s’appelle Capucine, elle a 21 ans et roule depuis 6 mois au volant d’une Mini-Cooper 1.6l. Capucine est une fille indépendante, une jeune femme libérée, et pour cause, elle roule dans une voiture à 22’500 EUR offerte gracieusement par son « Papounet ». En jeune femme éduquée originaire d’un milieu aisé, elle est très attachée à proclamer son attachement au système méritocratique. Ayant déjà presque tout pour réussir dans le monde actuel (un réseau, quelque chose à perdre, de l’argent, un physique attractif, la jeunesse), son vote socialiste n’a pas vocation à améliorer égoïstement sa condition. Non, il s’agit plutôt d’une vague adhésion à l’idée d’un projet social généralisé. Elle souhaite améliorer le monde sans pour autant redistribuer les cartes de la concentration des richesses. L’égalité des chances est une valeur fondamentale pour elle qui est le fruit de l’école de la République de Neuilly. Elle ne doit sa réussite scolaire qu’à elle-même. Elle aime à dire « qu’il suffit d’avoir envie, ensuite tout est possible ». Sa naïveté est presque touchante.

Après deux ans de classes préparatoires dans un lycée publique Parisien, elle avait ensuite intégré – presque logiquement – une école de commerce Parisienne de premier rang. Pour la féliciter, elle avait eu le droit de choisir une petite citadine de son choix, achetée neuve en concession. Prise en étau entre d’un côté une féroce pression sociale et de l’autre un manque évident de personnalité, la Mini Cooper s’offrait à elle comme étant un choix « no mistake ». C’était selon elle un modèle « chic et branché mais pas bling-bling ». Comme tous ses choix cette voiture était finalement un faire-valoir. En somme elle n’aimait pas vraiment les voitures, elle n’aimait pas vraiment la Mini Cooper. Elle aimait surtout le statut social qui allait avec. Cette voiture l’entourait d’un halo de suffisance qui renforçait son pouvoir d’attractivité auprès de son petit monde arrogant. Comme son sac à main Céline, le nom du lycée de sa classe prépa, ou encore les sociétés dans lesquelles elle avait pu faire des stages, sa Mini Cooper faisait partie des codes identifiables de l’entre soi. Elle le savait, son système de valeur était solidement basé sur la naissance et l’argent, elle pouvait donc s’offrir le luxe de feindre un vague désir d’égalité. Cela offrait le double avantage de flatter sa petite personne de valeurs humanistes sans prendre pour autant risquer de mettre en danger les avantages manifestés de sa naissance.

Après avoir longuement hésité à la prendre rouge, elle avait finalement opté pour une peinture noire métallisée. La pression sociale avait eu – comme trop souvent – raison de sa personnalité. « Papounet » avait cependant autorisé quelques options, à savoir, le toit imprimé aux couleurs de Union Jack (plus pour l’aspect chic que pour quelconques velléités de Brexit) et des rétroviseurs chromés. Elle allongeait un peu plus la liste des signes extérieurs distinctifs que son petit monde reconnaîtrait, elle était rassurée. Capucine n’allait pas tarder à conscientiser que l’intégralité de ses choix tendaient juste à reproduire le comportement d’une classe sociale et intellectuelle qu’elle estimait supérieure : la sienne.

La Mini de Capu à la concession Mini du 17eme.

La Mini de Capu à la concession Mini du 17eme.

Ses cours lui prenaient le plus clair de son temps durant l’année scolaire et l’été était l’occasion pour elle de partir faire des échanges scolaires ou des voyages à l’étranger (comprendre : des longs courriers). Avec ou sans elle, le monde continuait de tourner, elle voulait donc logiquement voir du pays avant de commencer à travailler. Une carrière à l’international l’attendait déjà surement quelque part. Malgré le fait qu’elle n’ait jamais travaillé, elle connaissait bien les problèmes des Français, elle avait d’ailleurs un avis sur beaucoup de sujets qu’elle ne maîtrisait évidemment pas. La pertinence n’était pas une valeur jugée supérieure pour son petit monde. Heureusement, que les inégalités ne s’arrêtaient pas aux portes de sa Mini-Cooper, dans laquelle elle se sentait invincible. Elle avait besoin des autres pour se rassurer et besoin de l’approbation du nombre de sa classe sociale pour exister. En effet, au volant de sa Mini-Cooper elle vociférait silencieusement « je suis belle et sophistiquée, regardez combien je suis au-dessus du lot ». Elle roulait dans le top des citadines, portait le must des sacs à main, avait fait les meilleures des formations mais ne s’abaissait jamais à prendre pour référentiel la classe moyenne. Son référentiel était « au-dessus » d’elle, c’était l’élite. Et c’est ça qui continuait de la tirer vers le haut. Elle s’employait assidûment à exagérer les comportements qui la divisait des gens normaux et ceux qui les rapprochaient des « happy few ». Se concentrer sur la division était paradoxalement un moyen pour elle de se rapprocher des siens. Aussi, sans le formaliser clairement dans son esprit, le monde était parfaitement segmenté en trois catégories : les Français pour lesquels elle avait de la compassion (les pauvres), les Français moyens (ses beaufs à elle), les gens de son milieu social (les dignes d’intérêts). Elle vivait dans un monde d’étiquettes avec «une disposition du caractère à réduire l’autre à ce qu’on voudrait qu’il soit ».

Quand elle arrivait au feu rouge, elle savait que tout le monde la regardait. Normale elle était belle et jeune, à la fenêtre de sa Mini, elle était enviable. Elle évitait néanmoins avec soins de se retourner. Elle s’employait à feindre l’agitation et la distraction. D’autres sources d’attention supérieures devaient captiver son attention, elle ne pouvait pas s’abaisser à s’ébahir de l’instant présent. Dans cette logique, elle écoutait la musique fort tout en dandinant timidement la tête : il fallait qu’on devine le mouvement sans sentir l’émotion la gagner. Sa chanson du moment c’était Résiste de France Gall. Ces paroles résonnait en elle : « Résiste, prouve que tu existes ! Si tu réalises que la vie n’est pas là, que le matin tu te lèves sans savoir où tu vas, Résiste ! Refuse ce monde égoïste. ». Le déni de ses propres paradoxes était trop souvent l’apanage de son petit monde.

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Après 2 ans de bons et loyaux services à véhiculer sa maitresse dans le tout-Paris, la Mini Cooper noire métallisée de Capucine finissait sa vie au repos forcé dans la maison de campagne familiale en Sologne. Adieu maquillage, adieu snobisme, adieu parking souterrains, adieu klaxon et pollution. A toi le grand air, les perspectives sportives des départementales boueuses et les sauts dans les flaques. Ta vie commencera le jour où ton conducteur te prendra enfin pour ce que tu es et non pour ce à quoi il veut bien te réduire !

Ange Oliver

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