Le Parking de l'Hyper

Un grand coup de pompes dans les portières de la médiocrité automobile contemporaine.

Peugeot 309 GL – Ou le potentiel érotique de la charcutière de l’hyper

Fermez les yeux, relaxez-vous et essayez de penser à quelque chose d’insipide, de prosaïque…. Essayez encore, vous y êtes presque…. Ça y est, vous l’avez. Cette chose beige sale aux formes quelconques que vous avez en tête est bien la Peugeot 309 GL. L’exercice n’était effectivement pas une mince entreprise. Il avait fallu conjuguer les efforts de Chrysler-Simca et de Peugeot pour concentrer aussi peu de distinction et autant médiocrité sous 870 kg de carrosserie. Si la Peugeot 309 devait originellement être l’héritière de la Talbot Horizon, Peugeot en fit une fille adoptive et sœur des 205 et 405. Si l’expression du beau nécessitait la mobilisation de qualités sensibles supérieures, la 309 allait révéler la faculté extraordinaire de certains individus à la mobilisation des qualités sensibles inférieures. La désuétude allait avec la 309 voir l’un de ses premier chef d’œuvre. Peugeot venait de réussir l’exploit d’incarner la totalité du charisme d’une tranche de jambon blanc dans une voiture. Comme la charcutière de l’hyper, la 309 transpirait le manque de sex-appeal. Cette anesthésie du potentiel érotique allait insidieusement gagner les moindres recoins de la 309, le temps n’était définitivement pas le meilleur ami ni des 309 du parking, ni des charcutières des hypers…

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Soulignons tout de même le courage dont ont du faire preuves des designers du groupe pour manquer autant d’audace. On peut lire sur la page Wikipédia consacrée à la 309 que cette dernière « empruntait la plate-forme de la 205, laquelle avait été rallongée aux extrémités pour l’occasion ». Difficile à croire que l’idée ne vienne pas encore d’un ingénieur frustré (cf. Denis B. chez Citroën). Vouloir rallonger les extrémités n’était jamais une bonne idée… y compris pour les voitures. Dans nos précédents articles nous avons pu établir très précisément que la Mercedes 190 était une salamandre; la Citroën XM un élephant blanc; la Renault 4L une insoumise et le Ssangyoung Musso un dragon. L’exercice s’avère plus périlleux quand tant d’austérité est concentrée. La 309 était morne, terne, surannée, désuète, anodine, monotone, quelconque, inexpressive, éteinte, sans caractère, craintive, plate, timorée, austère, pusillanime. Elle était fade et insipide comme la blanquette de veau que René dégustait une fois par mois. Il était clerc de notaire originaire de Saint-Malo et heureux propriétaire d’une 309 GL beige. René était un homme austère mais droit, comme la justice. C’était d’ailleurs une qualité essentielle pour cet homme à la moustache de gendarme toujours taillée au cordeau. Il n’aimait pas se faire remarquer, pour lui la sobriété était une religion. Il roulait toujours sous les limitations, et n’abusait pas de ladite blanquette de veau qui était pourtant son plat préféré. S’en délecter une fois par mois était déjà pour lui presque déraisonnable. Il mangeait sans sel depuis 3 ans suite à des crises de goutte dont il n’arrivait pas à se débarrasser. Pour René le bonheur était quadrillé et borné, il aimait donc les choses carrées. Non pas que son esprit soit étriqué, l’homme tout entier était étriqué. Il aimait qu’il y ait une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. En ça, la 309 répondait parfaitement à son architecture de pensée. En effet, la 309 GL était dessinée autour d’une carrosserie dite « fausse tricorps »: le capot (moche), l’habitable (austère) et la malle arrière dotée d’un hayon (disgracieux). Le moteur était donc sous un long capot très accessible et l’espace coffre bien défini communiquait néanmoins avec l’habitacle. Il n’en avait presque jamais besoin, mais la possibilité d’un chargement utile conséquent offert par la banquette arrière rabattable le réjouissait silencieusement. Pour René, une voiture avait avant tout une fonction utilitaire primaire: faciliter les déplacements. Ce qu’il appréciait par dessus tout dans sa 309, c’était la hauteur du pédalier qui s’ajustait parfaitement avec ses Méphisto Cape Town Marron taille 42. Sa 309 GL ne l’avait jamais fait souffrir, elle ne lui avait d’ailleurs jamais procuré de plaisirs supérieurs. Il fallait aimer la 309 pour des qualités sommaires. De toutes les façons, le superflu n’était même pas disponible en option.

En 2005, après plus de 190.000km de bons et loyaux services et 3 paires de Méphisto Cape Town Marron taille 42 plus tard, René la cédera à Mickaël un jeune homme de 28 ans passionné de sport mécanique. Il aimait l’adrénaline des virages en glisse, l’odeur de la gomme brûlée et le bruit métallique des lignes d’échappement trafiquées. Il s’était donc décidé se faire un petit plaisir, consistant à transformer la 309 GL de René en GTi sur-vitaminée qu’il n’avait pas les moyens de s’offrir. Il écumait donc les sites spécialisés à la recherche de pièces pour travestir sa 309 GL. En mécanicien averti, il avait commencé par acheter un moteur de 309 GTi ainsi qu’une ligne d’échappement de 205 GTi toutes deux accidentées. Il allait ensuite lui falloir trouver des jantes à bâtons, un aileron arrière, des spoilers, des bas de portière plastifiés. Il en fallait du maquillage et des opérations pour transformer la charcutière de l’hyper en gagneuse des parkings de routier. Mais Mickaël avait beau essayer, il restait toujours dans sa 309 GL les stigmates de sa première vie austère. Le travestissement ne prenait pas, il n’arrivait pas à s’enticher de sa routière repulpée. Pour la 309 GL comme pour la charcutière de l’hyper, le compteur ne tournait que dans un sens. Et puis brusquement, « le caractère périssable et transitoire de toute industrie humaine » avait repris le dessus. C’était un dimanche matin à 6h12, quand Mickaël – fortement alcoolisé en rentrant de la discothèque L’ambassade de Limoges – eu fait une sortie de route sur la D10 menant à Saint-Marie-de-Vaux. « Puis tout se calme, il n’y a plus que des herbes agitées par le vent. Le triomphe de la végétation est total ». La 309 GL finissait sa vie presque logiquement dans un fossé luxuriant recouvert par les fougères.

Ange Oliver

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