Le Parking de l'Hyper

Un grand coup de pompes dans les portières de la médiocrité automobile contemporaine.

Mercedes 190 D : La salamandre des parkings

Il aura fallu attendre 15 ans pour que le groupe Suprême NTM en collaboration avec Lord Kossity redonne toutes ses lettres de noblesse à cette icône du « parking de l’hyper ». Elle y est garée religieusement, en marche arrière, prête à avaler les kilomètres qu’elle n’a pas encore au compteur. La Benz 190 type W201 est « intemporelle… avec comme une étincelle dans son regard avide ». Difficile de résumer sa carrière tant chaque 190 aura de multiples vies, autant de métamorphoses. La légende ira jusqu’à affirmer que chaque 190 aurait 7 vies successives. Une chose est sûre, les qualificatifs la caractérisant font l’unanimité : increvable, robuste, design à la serpe, valeur sûre, surmonte l’épreuve du temps, le tank, puissante, force tranquille. L’objectif initial avec la 190 était de démocratiser la marque Allemande auprès d’un public plus jeune. Les ingénieurs lui donnèrent d’ailleurs le surnom de « Baby-Benz » en référence à ses dimensions compactes inférieures à 4,50 mètres.

Souhaitant donc en faire un véhicule économique, les ingénieurs de la marque ont dessiné la 190 autour d’une carrosserie classique dite tricorps. La silhouette pataude présente en effet un décrochement à la base du pare-brise et à la base de la lunette arrière, distinguant donc 3 parties : le capot, l’habitable et la malle arrière. Au cours de ses métamorphoses, le capot servira à loisir de podium de shooting pour actrices porno débutantes quand la malle arrière servira même à transporter des pièces détachées de 504 break jusqu’au Bled. Si la 190 avait la parole, elle murmurerait à ses propriétaires : Avec moi tu vas connaître un « amour de loufiat, on vivra en eaux trouble toi et moi, mais ce soir il faut que ça brille ». Oui, quand on roule dans la marque aux flèches d’argent, il que ça brille !

Comme le disait le service marketing de Mercedes-Benz en 1984, « un conducteur peut ressentir un coup de cœur devant un profil ravageur ou pour des exercices de haute voltige technologiques. Mais cela le suffit pas pour surmonter l’épreuve du temps». Vous l’aurez compris, la 190 n’était pas de celles qui misent tout sur leur physique. C’était écrit, on ne verrait jamais la 190 rejoindre le cimetière des éléphants blancs comme la XM. Elle était là pour durer et non contente de résister à l’épreuve du temps elle allait aussi résister à l’épreuve du feu. En effet, les salamandres comme la 190 sont les seuls êtres vivants – ou assimilés – qui possèdent la capacité de régénérer certaines parties de leur corps, voire des portions d’organes comme son œil/phare ou son cœur/moteur. Après amputation, la repousse d’un membre dériverait de la formation des membres au stade embryonnaire suivant un phénomène de régénération spontanée. Certains affirmaient même que leur sang était tellement froid qu’elles pouvaient éteindre le feu. Autant de caractéristiques troublantes de qui ne tarderont pas de lui valoir le surnom de « Salamandre des parkings ».

Au cours de sa première vie, la 190 D référence d’usine WDB2011222F068513 sera achetée neuve en 1984 par Marcel, menuisier. Comme artisan, il aime le toucher des matériaux naturels et ses conceptions sont faites pour durer. Ses tarifs ne sont pas compétitifs mais personne n’a jamais eu à redire de la qualité de son travail. Il aime bien travailler le chêne, l’orme ou le merisier. Ce dernier type de bois est recherché en ébénisterie du fait de sa texture compacte et de sa couleur brun rougeâtre qu’il acquiert avec le temps. Ce précieux bois de feuillus se caractérise par des pores fins, une structure homogène et des fibres denses. Comme une 190, le merisier se patine avec temps. Du robuste ferme et résistant, il n’en fallait pas plus à Marcel. En choisissant la 190 Marcel voulait du solide et la qualité allemande était une garantie conséquente. Il y prenait soin et ménageait donc ses épisodiques sorties. Les déplacements de la 190 bleu-marine étaient réservés aux sorties dominicales, Marcel utilisait le C15 le reste du temps. Elle passait le reste de la semaine discrètement sous un préau en cèdre blanc, les enjoliveurs au sec. Il fallait rester discret, la vie de commerçant se caractérisait par une perméabilité intense entre vie personnelle et vie professionnelle, les ragots ne manquaient jamais de le lui rappeler. Quelques années plus tard, une fois l’effet de nouveauté estompé, Marcel fit monter un attelage sur sa 190. La possibilité de tracter une petite remorque lui permettait de se déplacer sur certains chantier avec son matériel. La 190 s’encanaillait. Après 110.000 km de bons et loyaux services il était temps pour Marcel de laisser sa 190 effectuer sa première métamorphose, une seconde vie l’attendait, un nouveau monde l’appelait.

Le faible kilométrage, la présence d’un « attache caravane » ainsi que la facilité de paiement en liquide faisait de la 190 de Marcel l’affaire idéale pour Jordan et Sindy. Marcel avait longuement hésité à la vendre à des forains, mais l’engouement de Jordan lors de la négociation avait terminé de le convaincre. Jordan était brutal et impulsif dans la vie comme au volant, mais en matière de négociation il savait être convainquant, il avait la bicrave dans le sang. La route, ça le connaissait. N’habitant véritablement nulle part, la route était un peu son « chez lui ». Il roulait comme un assassin sur tous types de routes, et avouait volontiers un faible pour les départementales sinueuses. Il pouvait ainsi à loisir « taper dans sa Merco’ pour lui décrasser les injecteurs, nik’ sa mère le 90 ! ». En roulant ainsi à 140km/h en quatrième quand la limitation était à 90kmh, il s’assurait comme il disait « de garder une longueur d’avance sur les cons ». Et la police ne lui faisait pas peur, il avait une CiBi, pour qu’on l’avertisse des « Boites à images » ou des « Contrôle Pipette des Papa 22 » . Pour reprendre les paroles du Suprême NTM, Jordan roulait en mode « montre leur que t’a pas peur d’exciter tous les bandits, faut qu’on enquille je veux faire du freestyle ». La 190 avait du couple et de l’allonge, parfait pour tirer la caravane familiale. Jordan et Sindy avaient commencé avec un petit stand de pêche aux canards, avant de racheter le stand de tir à la carabine du père de Sindy. Quand il avait un peu bu, Jo aimait prendre sa 190 pour aller « faire gueuler le moteur à 8’000 tr/min » ou « tirer des gros câbles sur un parking de supermarché ». Il se sentait alors puissant et puis sa 190 était de toutes les façons increvable (la salamandre). En poussant le moteur de sa 190 ainsi, il trouvait ainsi un exutoire à ses longues semaines de travail sur le stand. Il ne faisait pas de sport, mais ces exercices enivrants et virils avaient l’avantage de lui vider la tête et de lui faire monter l’adrénaline. Il aimait que sa Merco « Rough, comme une louve et bouge son corps de la tête au pied ». De retour à la caravane il était apaisé, presque vidé de la communion avec sa 190. Jordan, « en avait dans le falzar » et sa 190 n’allait pas tarder à ne plus lui suffire, il voulait passer sur plus gros, et pourquoi pas passer sur un 4×4. En plus d’avoir une longueur d’avance sur les cons, lui serait maintenant au-dessus d’eux.

Après quelques tergiversations qui avaient tourné comme trop souvent en faveur de Jordan, ils avait décidé avec Sindy de se séparer de la 190. Jo l’avait donc vendu à un copain de CiBi rencontré sur les ondes. Un certain Serguei, qui faisait régulièrement de la route entre la France et l’Europe de l’Est. C’était d’après Jo un « putain de mec en or » car Serguei lui avait permis d’éviter un putain de contrôle d’alcoolémie. Même si il considérait qu’il conduisait mieux bourré, la maréchaussée n’était elle pas du même avis. Serguei, ne savait pas encore s’il allait l’utiliser pour sa consommation personnelle en la modifiant un peu (i.e. comprendre la tuner lourdement) ou la mettre à disposition de sa société de porno amateur dans les Balkans. Dans un cas c’était pour le plaisir, dans l’autre pour les affaires (ou inversement). D’un côté, la 190 était une base idéale pour un tuning lourd étant donné la sobriété de son design anguleux, de l’autre l’ouverture généreuse offerte par les portières arrières permettait un large spectre de prises de vue du plan américain jusqu’à la contre plongée, idéal pour le réalisme. Quoiqu’il arrive, la 190 allait connaître sa troisième métamorphose et pas des moindres. Serguei, avait habillement appelé sa société de production « Mercedes-Benz backseat adventures », il trustait donc le marché de niche très juteux du gonzo-auto. L’intérieur de la 190 jouissait d’une réputation confortable d’excellente facture. Les acteurs devenaient de plus en plus exigeants (mécanisme offre-demande). Les meilleures actrices souhaitaient tourner dans des conditions premium et la banquette arrière de la 190 devenait une référence sur le circuit. La société de Serguei allait à n’en pas douter connaître un essor fulgurant. En hommage à la marque aux flèches d’argent, il avait d’ailleurs décidé d’intitulé son prochain film « Tu es ma mire, je suis une flèche que ton entrejambe attire. ».

Après quelques années, Serguei a fait changer la banquette arrière et revendu la Merco à Zlata, une ancienne actrice reconvertie en patronne de société de nettoyage industriel. La Merco entame sa quatrième vie, celle d’un ralentissement du tempo. Elle à beaucoup de bornes au compteur, et en même temps, elle a encore le monde à découvrir.

Ange Oliver.

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